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Exposition "Familles à l'épreuve de la guerre"

Armand Coussens (1891-1935), Le Départ du mobilisé, 1926, gravure aquarellée no 60/100, H. 32,8 ∞ L. 25,4 cm.
© Coll. Musée de la Grande Guerre – Meaux
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Un époux tué, disparu ou méconnaissable ; des amours perdues, séparées ou altérées. Du 2 juin au 2 décembre 2018, la nouvelle exposition temporaire du Musée de la Grande Guerre de Meaux présente les bouleversements et les répercussions de la Grande Guerre sur des millions de familles, en s'appuyant  notamment sur une série de correspondances, d'oeuvres graphiques, de sculptures et sur tant d'autres objets et oeuvres de l'époque. 

Quelles répercussions la Grande Guerre a-t-elle eues sur les familles qui ont subi le conflit ? En quoi la Première Guerre mondiale a-t-elle bouleversé la vie des foyers ? La rupture provoquée par la guerre est profonde et brutale, à la fois dans le cours de l’histoire européenne et mondiale, mais aussi dans les destins individuels. Grâce à ses collections et aux prêts d’institutions publiques ou de particuliers, le Musée de la Grande Guerre de Meaux présente près de 300 pièces de collections, dans une scénographie intimiste, qui révèlent avec force et sensibilité comment les cadres et les repères familiaux se brouillent, comment les liens de sang ou d’amour perdurent, se renouvellent ou se brisent du fait de la guerre.

Le parcours de visite de l’exposition s’organise autour d’un fil rouge chronothématique structuré par trois étapes majeures vécues par les familles en 14-18 : la séparation, l’absence et le retour. 

Les familles françaises ont été largement touchées par l’épreuve de la Grande Guerre. Très peu éloignées de nous dans leur structure, les familles affrontent le choc de la séparation et ses conséquences, la chute de la nuptialité et de la natalité. Puis dans l’absence se recrée une normalité, un nouvel équilibre, rythmé par les permissions et soutenu par le lien familial. La Grande Guerre a détruit, brisé, dispersé les familles mais elle a aussi rapproché, brassé, provoqué des unions. Surtout, la famille a formé le réservoir de résistance dans lequel les poilus ont puisé quatre années durant pour trouver le courage de continuer à se battre. L’exposition "Familles à l’épreuve de la guerre" nous révèle cette Histoire : les histoires des familles au travers des récits et des découvertes de destins individuels et collectifs bouleversés par la guerre.

La séparation

À l’annonce de la mobilisation, c’est la consternation qui saisit le pays, tout particulièrement dans les campagnes où la moisson vient à peine de commencer. Tous les témoins décrivent les mêmes scènes : le silence devant l’affiche de mobilisation, les pleurs des femmes, la gravité des hommes.
Les heures qui suivent ressemblent à une course contre la montre : faire son sac, aller saluer la famille, régulariser une union officieuse, enregistrer son testament, se confesser et se recommander à Dieu. Souvent, les familles accompagnent les maris jusqu’à la gare ou la caserne, retardant l’heure déchirante de la séparation. On s’embrasse à bouche que veux-tu, et les policiers détournent le regard.

L'absence et l'inquiétude 

Durant quatre ans, les familles vivent dans l’angoisse, guettant le facteur, parce que le courrier est une preuve de vie. La photo du mobilisé trône dans le salon ou la chambre ; la prière des enfants, le soir, lui est dédiée, et souvent, on a épinglé sur le mur une carte du front où l’on peut suivre ses déplacements.
Comme le départ du chef de famille a plongé certaines familles dans la précarité, l’État, dès août 1914, a tenu à rassurer les soldats en attribuant une allocation aux femmes et enfants de mobilisés, même quand le ménage n’est pas sanctionné officiellement par un mariage. À la ferme ou à la boutique, l’épouse remplace celui qui est parti mais on le tient au courant des affaires de la famille et on demande conseil. L’absent ne l’est donc pas complètement.

Presque toutes les familles françaises sont endeuillées : si l’on compte les parents, grands-parents, frères et soeurs, enfants, oncles, tantes et cousins, ce sont près de dix millions d’individus qui pleurent un proche. 700 000 veuves sont devenues malgré elles chefs de famille. Il faut aussi compter aussi 800 000 orphelins, un chiffre qui va croître encore avec les décès prématurés, dans les années qui suivent le conflit, de 300 000 pères malades, gazés et blessés. C’est toute une société qui est brisée moralement au sortir de la guerre.

Les retours

Immédiatement après la guerre, la vie reprend son cours avec plus d’intensité qu’auparavant. Les mariages, retardés durant la guerre, sont multipliés par deux et le taux de natalité atteint 21,4 ‰ en 1920, un record qui ne sera jamais plus égalé. Mais tout n’est pas idyllique. Ceux qui sont revenus vivants ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux qui sont partis quatre ans plus tôt. Marqués durablement dans leur chair et dans leur âme, parfois devenus alcooliques, neurasthéniques, violents, impuissants, ces hommes doivent, se réhabituer à vivre à deux. Car celles qui sont restées ne sont plus les mêmes, elles non plus. Il faut renégocier sa place avec ces femmes plus indépendantes et plus libres. Se retrouver et parfois se confronter. Ainsi, les divorces doublent en 1920 par rapport à 1913.

Se retrouver, c’est aussi reprendre sa place de père, ce qui n’est pas toujours facile avec des enfants qui n’ont connu que l’autorité de la mère et qui voient parfois le revenant comme un intrus.

Reconnaissance et réparation

Comment rendre hommage au sacrifice des familles françaises ? Le droit ne reconnaissant que les individus, la famille ne peut donc pas être honorée collectivement : il faut se contenter de l’inscription du nom des morts sur les monuments municipaux et de l’instauration des pensions pour les victimes de la guerre que sont les veuves et les orphelins. La somme attribuée aux épouses en deuil est toutefois conditionnée à la fidélité envers les héros. Elles perdent automatiquement leurs droits si elles se remarient. Pour l’orphelin, – un jeune sur douze dans l’après-guerre –, le statut de pupille de la nation
est créé en juillet 1917. Des mesures symboliques sont aussi adoptées en 1920 : la création d’une médaille de la famille et l’instauration de la fête des mères. Les primes à la natalité, accordées aux familles de plus de 3 enfants, à partir d’avril 1920, annoncent les allocations familiales.

Informations pratiques

Du samedi 2 juin au dimanche 2 décembre
Musée de la Grande Guerre au pays de Meaux
Rue Lazare Ponticelli, 77100 Meaux
Accès de 9h30 à 18h
Pleins tarifs : 10 euros
Tarifs réduits : entre 5 et 9 euros
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