Autour de la Grande Guerre > Musique > Jean-François Zygel : "En dirigeable sur les champs de bataille", un film d'une "grande puissance onirique"

Jean-François Zygel : "En dirigeable sur les champs de bataille", un film d'une "grande puissance onirique"

En dirigeable sur les champs de bataille (capture d'écran), film positif 35 mm, opérateurs Lucien Le Saint et Camille Sauvageot, août 1919
© Musée départemental Albert-Kahn, collection Archives de la planète, réf. AI 37923.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le célèbre pianiste compositeur Jean-François Zygel improvisera en direct le 18 octobre à la Philharmonie de Paris, à l'occasion de la diffusion exceptionnelle d'une pépite d'archive conservée par le Musée départemental Albert-Kahn : En dirigeable sur les champs de bataille, un film muet produit par Albert-Kahn en 1919 qui montre l'étendue des destructions sur le champ de bataille du front ouest de la Première Guerre mondiale. Pendant la projection, l'artiste lira par ailleurs un texte inédit de Jean Rouaud, spécialement  rédigé pour la circonstance.

Jean-François Zygel, vous allez improviser seul, au piano, sur une heure de film muet qui montre, vu du ciel, l'étendue des ruines du champ de bataille de la Première Guerre mondiale. Vous aviez déjà réalisé une expérience similaire avec un autre film d'archives, à l'occasion du lancement du Centenaire. Comment naît le processus d'improvisation pour un film au sujet aussi grave, y'a-t-il beaucoup de préparation en amont ?

Avant de mettre en musique un film, il faut en principe en comprendre les enjeux esthétiques, narratifs, psychologiques ou historiques. Certains films sont plus délicats que d'autres, il faut les connaître vraiment bien, plan par plan, image par image, ne pas hésiter à en écrire en détail le déroulement, à en fixer le découpage. Je décide presque toujours à l'avance du début et de la fin de chaque scène, de son caractère, de son tempo, de son style. Mais une fois sur scène, il m'arrive bien sûr de ne pas faire exactement ce que j'avais prévu...

Après 4 années de guerre qui a fait des millions de morts, après une telle cacophonie d'obus, de mortiers et de rafales de mitrailleuses, ne serait-on pas tenté de justement garder le silence ? Allez-vous faire des variations sur l'oeuvre  "4'33" de John Cage* ?

Dans une salle, le silence est la pire des musiques ! On entend soudainement les gens tousser, chuchoter, se tortiller sur leur siège... On entend le temps qui passe, alors que la musique, justement, suspend le temps et plonge les auditeurs dans l'intemporalité.

La Grande Guerre a inspiré beaucoup d'oeuvres musicales, pendant et après le conflit. Allez-vous, pour votre improvisation, vous appuyer sur ces musiques préexistantes, ou bien proposer quelque chose de radicalement inédit ?   

Non, aucune référence particulière. En dirigeable sur les champs de bataille n'a lui-même aucune référence, c'est un film hypnotique, abstrait, singulier, d'une grande puissance onirique. Le piano est à mon sens l'instrument idéal pour granuler le temps, pour donner une direction, un mouvement à cet énigmatique fragment du passé.

Pour aller plus loin

> En savoir plus sur le film En dirigeable sur les champs de bataille
> Voir un extrait du film (sans musique)
> Informations et résevations pour le ciné-concert du 18 octobre à la Philharmonie de Paris

* 4'33 est une oeuvre conceptuelle du compositeur américain John Cage, qui a la particularité de n'être constitué que de silences.