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Une petite fleur cueillie par toi

Couverture de l'ouvrage "Une petite fleur cueillie par toi"
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Eric Moura a découvert en 2015 la correspondance de sa grand-tante, Eugénie, épouse de Jean Laborde, paysan mobilisé au front pendant la Grande Guerre. Ces lettres, retrouvées par hasard cent ans après, ont été retranscrites dans un recueil intitulé Une petite fleur cueillie par toi publié sur Amazon en 2018. Un hommage rendu à toutes les femmes qui ont vécu avec force et courage ces quatre années d’horreur et d’incertitudes.

Lorsque Jean Laborde part à la guerre, décembre 1915, il laisse sa femme Eugénie élever leurs trois enfants et continuer, seule, les travaux agricoles à Monassut-Audiracq en Béarn. Pendant deux ans, ils communiquent par écrit jusqu’au retour de Jean, démobilisé le 12 juin 1917. Les années passent, et peu à peu, cette correspondance tombe dans l’oubli. Jusqu’au jour où, une journée de 2015, Eric Moura et son père Jean-Louis les retrouvent par hasard, cachées dans le grenier sous les lattes du parquet, couvertes de poussière, alors qu’ils restauraient la vieille maison des Laborde. Une découverte inouïe qui a bouleversé Eric Moura : « Un pan de mon histoire familiale se dévoilait, mais aussi celle de millions de foyers français frappés par la Grande Guerre », écrit-il dans la préface du livre.

La plupart des lettres furent écrites par Eugénie. Mais d’autres proviennent également de la plume de ses enfants, d’un cousin ou de ses nièces et tantes. Chacune de ces lettres raconte finalement comment vivait une famille du Béarn pendant la Première Guerre mondiale en dépit de l’absence de l’un des leurs, parti au front. La vie au village, les difficultés des travaux agricoles, l’attente mais aussi l’affection et l’espoir transparaissent dans ces écrits, à une époque où la correspondance était l’unique moyen de communication autorisé par l’Etat.

Les lettres écrites par Jean Laborde n’ont semble-t-il pas été retrouvées à ce jour. Seul le point de vue de la famille est donné. Un trésor encore plus exceptionnel eu regard à sa rareté. « De nombreuses publications et des travaux d’historiens ont été réalisés à partir des lettres de poilus, mais qu’en est-il des lettres écrites par les épouses et les mères restées à l’arrière ? », s’interroge Eric Moura.

Les paroles des femmes de l’arrière sont restées trop longtemps « enfouies et oubliées » explique Frédéric Rousseau, maître de conférences à l’Université Paul Valéry à Montpellier1. Les lettres d’Eugénie et de ses proches envoyées à Jean Laborde contribuent ainsi à mieux connaître le quotidien et le ressenti des femmes restées à l’arrière ; un témoignage authentique sorti de l’ombre grâce à l’initiative d’Eric Moura, qui a décidé de retranscrire toutes ces lettres et de les publier dans un ouvrage disponible à la vente. Un bel hommage à toutes les femmes de la Grande Guerre.

Une petite fleur cueillie par toi: Lettres d'Eugénie à Jean, Poilu du Béarn (1915-1916), par Eric Moura, 27 avril 2018, 96 pages.

 

Notes :

1 ROUSSEAU Frédéric, « Paroles de Femmes de poilus : jour de guerre au féminin sur le front intérieur languedocien », Annales du Midi, t. 112, n°232, 2000.