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100 ans après, une Harley-Davidson de 1918 retrouve le chemin de l'Amérique

© Olivier Touron
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Cent ans après l'arrivée des Américains en Europe dans la Première Guerre mondiale, deux Français ont décidé de leur rendre hommage en faisant le chemin inverse au volant d'une moto Harley-Davidson de l'époque.  

Le 6 avril 1917, les États-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne. Le corps expéditionnaire US débarque progressivement dans plusieurs ports français, dont Saint-Nazaire. Dès lors, la Loire-Atlantique va accueillir des milliers de soldats et vivre à l’heure américaine. En débarquant, les Sammies ont apporté dans leurs bagages la fameuse Harley-Davidson 1000. Environ 20 000 motos et side-cars de couleur vert olive rejoignent ainsi le théâtre des opérations. La modernité et la performance de ces mécaniques jusqu’ici inconnues en France font immédiatement sensation. Après la guerre, toutes ces Harley-Davidson seront vendues sur place.

100 ans plus tard, en juin 2018, deux Français - Christophe de Goulaine et Pierre Lauvergeat - ont décidé de ramener l’une de ces motos sur ses terres d’origine pour rendre hommage à tous ces soldats américains venus se battre en France. Un trajet inverse qui emprunte le même chemin qu’à l’aller, avec une traversée en bateau et un périple d’environ 9 000 km de route en autonomie pour rejoindre la côte Ouest des États-Unis, pendant trois mois. Fiabilisée pour l’occasion, la Harley Davidson 1000 restera cependant "dans son jus" de l’époque.

En cette année de commémoration de l'Armistice de la Première Guerre mondiale, ce périple inédit est l’occasion pour les deux hommes de renforcer les liens qui existent entre la France et les États-Unis. En débarquant en Floride après une traversée en bateau depuis Montoir-de-Bretagne, les deux Frenchies passeront par Jacksonville puis rejoindront les usines Harley-Davidson de York et Milwaukee, avant d’emprunter la célèbre Route 66 vers la Californie.

La Harley 1000cm3 18J

Née en 1903, Harley-Davidson est la plus ancienne marque de moto au monde encore en activité. Sa légende doit beaucoup au modèle 18J apparu en 1915. Inconnue en France, la marque débarque dans l’Hexagone en 1917 avec les soldats américains pendant la Première Guerre mondiale. À l’époque où la majorité des motos françaises sont des petites cylindrées monovitesse à courroie, le bicylindre de 61 cubic inches fit alors sensation avec son litre de cylindrée, son moteur semi-culbuté, son graissage automatique par pompe, son allumage par magneto, sa boîte à trois vitesses et son embrayage, sa transmission par chaîne, sa poignée de gaz tournante, sa fourche à amortisseur… Et son éclairage. 

En plus d’être moderne, la Harley Davidson 1000 se révèle également robuste, fiable et surtout très performante. Avec ses 18 chevaux, elle est capable d’atteindre 110 km/h en solo et 90 km/h en version side-car. Après la guerre, les Harley-Davidson furent laissées par les Américains et revendues au titre des surplus de guerre. Le modèle s’illustrera en compétition et remportera notamment le titre dans la catégorie side-car du premier Grand Prix de France d’après-guerre, en 1920.

Très gourmande en essence et en huile, la Harley Davidson sera cependant finalement délaissée au profit de motos plus économiques. Et remisée au fond des granges sans avoir été vraiment usée. Après un long sommeil, celle des deux Français à l'initiative du road-trip commémoratif va reprendre la route et partir à la recherche de ses racines. Pour un périple sans assistance technique.

À l’initiative du projet, Christophe de Goulaine, 50 ans, possède des liens particuliers avec l’Amérique. Motard depuis l’âge de 18 ans et fan de Harley Davidson, il est surtout un descendant de l’explorateur nantais René de Goulaine de Laudonnière, à l’origine de la première colonie française d’Amérique. Persécuté lors des guerres de religion, cet aïeul protestant débarqua dans le Nouveau Monde en 1562 et construisit Fort Caroline qui deviendra Jacksonville. C’est d’ailleurs la raison du jumelage de cette ville avec Nantes.

Dans son pélerinage familial, Christophe de Goulaine sera accompagné par Pierre Lauvergeat, 65 ans. Mécanicien moto de métier et ancien concessionnaire, il s’est constitué un petit musée personnel de motos anciennes. Il possède un stock de pièces historiques considérable et peut en usiner de nouvelles
à façon. Chargé de la restauration et de la fiabilisation du side-car, il sera le précieux allié de Christophe de Goulaine tout au long du parcours. 

A son retour en France, prévu à l'automne 2018,  la moto sera exposée au Château de Goulaine, en Loire-Atlantique.