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Le destin du général Rouzski, victime de la Terreur rouge

Le général Nikolaï Vladimirovitch Rouzski
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Au cours de la Première Guerre mondiale, les deux principaux théâtres d'opérations militaires furent russe et français - deux pays qui ont le plus souffert des effets de la guerre ; opérations militaires, évacuation de la population civile, amputation de l’accès aux matières première, etc. Néanmoins, l’issue de la guerre fut différente pour ces deux pays. La France en sortit victorieuse, occupant alors une position centrale en Europe et dans le monde. La Russie, à l’inverse, fut plongée dans l'abîme avec deux révolutions, une guerre civile et des accords de paix très défavorables. Les évènements révolutionnaires modifièrent profondément l’histoire du pays et le destin de ses habitants. Il en fut ainsi de l’existence du général d’armée Nikolaï Vladimirovitch Rouzski. Récompensé par les honneurs pour ses victoires menées sur le front Est, il ne conçoit pas le retrait russe de la guerre. Or, les Bolcheviks ne l'entendent pas ainsi et font assassiner l'un des principaux généraux russes de son époque le 19 octobre 1918 (ou le 1er novembre dans le calendrier julien).

Les Rouzski sont issus du clan écossais Lermont devenus les Lermontov lorsqu’un de ses représentants, George Lermont, entra au service du tsar au XVIIe siècle. À la fin du siècle suivant, l'un de ses descendants, Alexeï Mikhaïlovitch Lermontov vivait dans la ville de Ruz, à 30 km de Borodino où il avait fondé une famille extra-conjugale. Ses enfants reçurent pour nom Rouzski2 par analogie au nom de leur ville d’origine. L'un de ses arrière-petits-fils s'appela Nikolaï Vladimirovitch Rouzski.

Nikolaï Vladimirovitch Rouzski1 est né le 6 (18) mars 1854 sous le gouvernement de Kalouga où son père, Vladimir Dmitrievich Rouzski, était professeur d'arithmétique et de géométrie à l'école de l’ouiezds Borovsk3. Sa mère, Varvara Fedorovna, possédait une petite propriété à Tishnevo4. La famille vivait modestement et la mort prématurée du père de famille, le 13 octobre 1855, fut pour elle un coup dur5.

En 1865, Nikolaï entra dans le Premier Lycée militaire de Saint-Pétersbourg6. Après avoir terminé ses études avec mention, il entra le 5 (ou 17) août 1870 à l’école d’artillerie Constantin - l'une des meilleures en Russie7 - comme élève-officier (Junker). Sa scolarité coïncida avec la mise en œuvre des réformes du tsar Alexandre II qui influença considérablement sa vision du monde.

Diplômé de l'école « avec les honneurs » en 1872, il rejoignit le régiment des Grenadiers de la Garde8 et reçut son baptême du feu en tant que commandant de compagnie pendant la guerre russo-turque de 1877-1878.
Le 12 octobre 1877 il fut blessé lors des combats pour la prise des fortifications de Gorniy Dubniak9. Son courage et sa vaillance furent récompensés. Nikolaï Rouzski fut décoré à la fois de l'Ordre de Sainte-Anne du 4e degré portant l'inscription "Pour la Bravoure", et de l’Ordre de Sainte-Anne du 3e degré remise avec des épées et un arc10 comme emblèmes.

En octobre 1878, Rouzski entra à l’école d’état-major Nicolas11 et fut classé parmi les meilleurs12. À l’issue de cette formation il servit pour des missions de commandement jusqu’à devenir chef d'état-major du district militaire de Vilna. Au cours de cette période, il fut reconnu comme un chef militaire organisé, compétent et soucieux de ses subordonnés13.

En 1904, devenu officier général, Rouzski prit part à la guerre russo-japonaise en tant que chef du quartier général de la 2e Armée de Mandchourie. Il participa à la plupart des opérations telles que la bataille de Sandepu et la retraite de l'armée russe à Tieling et vers Siping à la suite de la bataille de Mukden (du 20 février au 10 mars 1905). Il acquit auprès de ses contemporains une solide réputation, celle d’être au nombre des meilleurs généraux de l’empire14.

Après la fin de la guerre, en octobre 1906, Rouzski fut nommé commandant du 21e corps d'armée. En 1912, date à laquelle fut conçue la Charte du service extérieur, Nikolaï Rouzski tint compte des problèmes sociaux des militaires15 devant l'un des concepteurs de la Charte. Il fut, au début de cette même année, nommé commandant adjoint du district militaire de Kiev16. Sa fonction principale consistait en la préparation d’une guerre éventuelle contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie en étudiant méticuleusement le théâtre potentiel des opérations militaires.

Son rôle pendant la Grande Guerre

Au début de la Première Guerre mondiale, le général Rouzski fut nommé commandant de la 3e armée du front17 sud-ouest. À ce poste, il gagna la bataille de Lemberg et prit Lviv, ce qui contribua à sa renommée et à sa popularité.

Ces victoires lui valurent l’admiration du général autrichien, commandant de la 4e armée austro-hongroise, Moritz Freiherr Auffenberg von Komarow, et l’attribution de deux Croix de l’ordre de Saint-Georges, de la 4e et de la 3e classe. Il fut, à ce titre, le premier chevalier de Saint-Georges de la guerre mondiale18.

Sa victoire dans la bataille de Lemberg arriva de façon opportune afin d'atténuer les effets de la défaite de la 2e armée russe en Prusse-Orientale19. Ainsi Nikolaï Rouzski fut promu au rang de héros national et la propagande exploita activement son nom20 aussi bien en Russie que dans les pays alliés.

Le 3 septembre 1914, Rouzski fut nommé commandant du Front Nord-Ouest. À ce poste, il dirigea avec brio des opérations majeures sur la Vistule, à Lodz, puis dans la Prusse-Orientale en 1915, au cours desquelles il allia obstination et habileté comme en rendent compte les archives autrichiennes21.

Alors qu’il venait tout juste d’être nommé à la tête du Front Nord-Est, il fut, le 22 septembre (5 octobre), promu adjudant général par Nicolas II. Lors de la cérémonie qui eut lieu en présence de l’empereur, celui-ci lui remit de nouvelles épaulettes en les faisant prélever sur sa propre capote militaire22. Il reçut également la Croix l'Ordre de Saint-Georges de 2e classe et fut promu par la France, officier de la Légion d'Honneur et par le Royaume-Uni, chevalier de Saint-Michel et de Saint-Georges23.

Dans l’exercice de son commandement sur le front, Rouzski  s’intéressa particulièrement aux évolutions des méthodes de guerre et organisa, à ce titre, des groupes d'aviation du front24.

Malade, il dut quitter son commandement de mars à juin 1915. Après son rétablissement, il prit le commandement de la 6e armée du front Nord-Ouest (30 juin - 19 juillet), puis le 5 août, celui du front Nord, qui couvrait Petrograd. Pour raison de santé, il dut une nouvelle fois quitter son commandement début décembre 1915. Tous souhaitaient son prompt rétablissement et son retour au front. Parmi eux l'impératrice Alexandra Feodorovna, qui conseilla à Nicolas II de le réengager dans l'armée25. Ce qui fut fait. Le 1er août 1916, le général Rouzski fut de nouveau nommé commandant du Front du Nord. Du 23 au 29 décembre 1916 (du 5 au 11 janvier 1917), il participa à la bataille de l’Aa dans la région de Riga mais sans obtenir les résultats espérés. 

Après la Révolution Rouge, la chute

Son destin bascula lors de la Révolution de Février 1917. Voulant à tout prix éviter de plonger la Russie dans la guerre civile tout en continuant à tenir ses engagements vis-à-vis des alliés, il fut l’un des acteurs de l’abdication de Nicolas II lors du séjour de ce dernier au Quartier général du Front du Nord à Pskov en mars 191726. Il s’exprima en ce sens auprès des représentants alliés dont le général Janin pour la France27. Mais bientôt le général Rouzski se rendit compte que les espoirs fondés dans l'abdication de Nicolas II étaient vains. L’armée se disloquait, son moral chutait et la discipline disparaissait. Les soldats russes perdaient ses capacités de combat. Il essaya d'enrayer ces processus28 allant jusqu’à intervenir auprès de Vladimir Dmitrievitch Bontch-Brouievitch, membre du comité exécutif du Soviet de Petrograd29. En vain30. Parallèlement, il ne soutint pas l'initiative du général Alekseev dans sa volonté de concentrer tous les pouvoirs entre les mains de l'armée, estimant que cela mènerait à des troubles voire à la guerre civile31.

Au cours de cette période difficile, il y eut de nombreux désaccords entre Rouzski et Stavka. Le général s’opposa à l'idée d'un début précoce de l'offensive voulue par le gouvernement provisoire. Il proposa à l’inverse "de concentrer tous les efforts dans la préparation d'une défense obstinée", estimant que cela correspondait mieux au climat général et en particulier à l’état d’esprit de l’armée32. Il fut alors, le 25 avril (8 mai) démis de ses fonctions par le ministre des armées Guchkov33.

Après son renvoi, Rouzski se retira dans le Caucase34 d’où il observa avec inquiétude le développement des événements. L'échec de l'offensive de juin sur le front sud-ouest et la crise politique de juillet qui suivit, entraînèrent la chute du gouvernement provisoire et la formation, le 24 juillet (6 août), d’un nouveau gouvernement dirigé par Kerenski.

Rouzski, comme beaucoup d’autres chefs militaires, ne partageait pas les convictions politiques de Kerenski. Lors d'une réunion qui se tint au G.Q.G de Moguilev en présence de Kerenski, Rouzski critiqua la politique militaire du nouveau gouvernement35. En retour, Kerenski l’accusa de chercher à rétablir l'autocratie36. Sa popularité demeurait néanmoins forte pour qu’on lui demande en septembre de reprendre le commandement du Front du Nord, mais il refusa.

Rouzski participa à la deuxième rencontre des personnalités publiques à Moscou au cours de laquelle il tentait de convaincre son auditoire. Il rappela la nécessité de restaurer l’ordre et la discipline dans l'armée et plus généralement dans toute la Russie puis il critiqua ce faisant les activités des partis de gauche en ce qui concerne la démocratisation des forces armées et le désir de se retirer de la guerre37. Ce discours fut très mal perçu par les différents partis politiques présents38.

Après la Révolution d'Octobre, Rouzski cessa toute activité politique, préférant se retirer à Essentuki dans le Caucase. Pendant la guerre civile, les bolcheviks essayèrent de l’attirer à eux. Il s’y refusa39.

Lorsque, en septembre 1918, les bolcheviks déclarèrent la Terreur rouge, les regards se tournèrent à nouveau vers Rouzski. Le 8 octobre il fut arrêté40. Le 19 il fut, avec plus de 50 autres personnes, sauvagement assassiné au cimetière de Piatigorsk. Avant sa mort, Nikolaï Vladimirovitch Rouzski s'adressa à ses bourreaux : "Je suis le général Rouzski, mon nom se prononce comme le mot "russe", et souvenez-vous qu’après ma mort, nous serons vengés par les Russes41."

Le général Rouzski regretta-t-il sa prise de position vis-à-vis de Nicolas II à la veille de son abdication ? Il est certain que jusqu’à sa mort il regretta d’avoir rompu le serment prêté à l'empereur. Il pensait seulement que l’abdication était le seul moyen, à cet instant, de sauver la dynastie42.

Pendant la guerre civile, de nombreux membres de la famille du général Rouzski émigrèrent en France. Parmi eux son cousin, homme politique et philanthrope bien connu, Nikolaï Pavlovich Rouzski43 et son neveu Nikolaï Nikolaevitch Rouzski qui créa, en 1929, une organisation monarchique qui prit le nom d’Union de l’ordre impérial russe44.

Traduit du russe par Marianna Bagdasaryan avec le soutien de M. André Grosswendt, professeur de français langue étrangère.

Notes :

1Général d'infanterie, chevalier de l'Ordre de Saint-Georges, Grand-croix de la Légion d'honneur
2Лукьянов А.А. О происхождении Рузских // Генеалогический вестник. № 54. – СПб.: 2017. – С. 133-143.; Касаткина С.В. Усадьбы Заволжья. – М.: Планета, 2012. – С.32.
3Памятная книжка Калужской губернии на 1852 г. – Калуга: Губернская типография. – С.128.
4Санкт-Петербургские сенатские объявления о запрещениях на недвижимые имения. №27. - 2 апреля 1855. – С.973.
5Les archives historiques militaires d’état russe Ф. 400. Оп.9. Д.9083. Л.151-152.
6Les archives historiques militaires d’état russe Ф. 314 Оп.1 Д.6303 .62 об.
7Les archives historiques militaires d’état russe Ф. 320 Оп.1 Ч.1 Д.252 Л.202.
8Les archives historiques militaires d’état russe Ф.320 Оп.2. Ч.1 Д.502 Л.31
9Les archives historiques militaires d’état russe Ф. 409. Д. 168433. ПС. 131-451, Л. 4 об.
10Les archives historiques militaires d’état russe Ф. 409. Д. 168433 Л.4 об.
11Les archives historiques militaires d’état russe Ф. 199. Оп. 1. Д. 1. Л. 5.
12Les archives historiques militaires d’état russe Ф. 409. Д. 168433 Л.4 об.
13Самойло А. Две жизни. М.: Воениздат 1958г. С. 85.; Лукомский А.С. Очерки из моей жизни//Вопросы истории №5, 2001 С.98-99; Лукомский А.С. Очерки из моей жизни//Вопросы истории №3, 2001 С.94.
14Алексеева-Борель В.М. Аргентинский архив ген. Алексеева. // Военно-исторический журнал. 1992, № 10. С.54; Шавельский Г.И. Воспоминания последнего протопресвитера Русской армии и флота. Т1. Нью-Йорк: изд. им. Чехова, 1954. С.255.
15Les archives historiques militaires d’état russe. Ф. 409. Д. 168433. Оп. 1. Л. 12
16Les archives historiques militaires d’état russe. Ф. 409. Д. 168433. Оп. 1. Л. 5
17Dans l’organisation militaire russe le « front » correspond au groupe d’armée français.
18Бонч-Бруевич М.Д. Вся власть Советам. М., 1964. С. 33.
19Джордж Бьюкенен. Моя миссия в России. Воспоминания английского дипломата 1910-1918. Москва. 2006. С.173; Переписка В. А. Сухомлинова с Н. Н. Янушкевичем. Предисл. Ив. Блинова. // Красный архив. - 1922, № 1 (1). - С.226
20Лемке М.К. 250 дней в царской Ставке (25 сент. 1915 − 2 июля 1916). Петроград. 1920. С.26.
21Kriegsarchiv Wien. B/70.2. Verzeichnis der russischen höheren Führer und Generalstabsoffiziere nach dem Stande vom 1. Dezember 1914.
22Летопись войны 1914 года. СПб. 1914.№8. С. 128.
23Les archives historiques militaires d’état russe Ф.199. Д.5. Оп.1. Л.1. Л.5. Л.35.
24100 лет Военно-воздушным силам России (1912 - 2012 годы) / [Лашков А. Ю., Голотюк В. Л.]; под общ.ред. В. Н. Бондарева. - М.: Фонд «Русские Витязи», 2012. – С.69.
25Письма Императрицы Александры Федоровны к Императору Николаю II. Пер. В.Д. Набокова. Т.2. Берлин: Книгоиздательство «Слово». 1922. С.12-13.
26Багдасарян А. О. Военно-государственная и общественно-политическая деятельность Н. В. Рузского (1854—1918). Монография. — Омск: Издательский дом «Наука», 2013. — 290 с.
27Романовы и союзники в первые дни революции. / Пред. И. Гелиса. // Красный архив. М.: 1926. № 3(16) С.51. et Sir John Hanbury-Williams. Emperor Nicholas II. As I knew him. London, 1922. Р. 161.
28Революционное движение в русской армии. 27 февраля – 24 октября 1917 года. Сборник документов / под ред. Л.С. Гапоненко. М. 1968. С. 557 (сн. 10).
29Февральская революция 1917 г. (Документы Ставки верховного главнокомандующего и Штаба главнокомандующего армиями Северного фронта). Подг. А.А. Сергеев. // Красный архив. 1927. №3 (22). С.53.
30Известия №7, 6 марта 1917 г. С.5.
31Вильчковский С.Н. Пребывание Государя императора в Пскове 1 и 2 марта 1917 года, по рассказу генерал-адъютанта Н.В. Рузского. Русская летопись. Кн.3. Париж. 1922г. С.183-184.
32История Первой мировой войны 1914-1918. В двух томах. Т. 2. М., 1975, С. 310.
33Базили Н. А. Александр Иванович Гучков рассказывает. Беседы А.И. Гучкова с Н.А. Базили (история стенограмм) // Вопросы истории. 1991. № 7. С. 202.; Les archives historiques militaires d’état russe. Ф. 409. Оп. 1. Д. 168433. ПС. 131-451.;
Русское слово. № 93. 27 апреля (10 мая) 1917 г. С.2.

34Русское слово. №89. 4(17) мая 1917 г. С.2.35 Из воспоминаний ген. Лукомского. Архив русской революции. Изд. И.В. Гессена. Т.2. Берлин. 1921. С.44.; Из дневника ген. М.В. Алексеева. Предисловие и примечание Славик Я.Я. // Русский исторический архив. Сборник первый. Пра
га. 1929. С. 44.

36Деникин А.И. Очерки русской смуты. Крушение власти и армии. Февраль-Сентябрь 1917 г. М. 1991. С.427.
37Лисовой Я.М. Революционные генералы. // Белый архив. Т.1 Париж. 1926. С.51.; Революция и Гражданская война в России: 1917 – 1923 гг. Энциклопедия в 4 томах. Т.1. – М.: Терра, 2008. – С.362-363.; Русское слово. №233, 14 (27) сентября
1917 г. С.3-4.

38Рабочий путь. №40. 1 ноября (19 октября) 1917 г. С.1.
39Шкуро А.Г. Записки белого партизана. М., 1991. С. 42-43.
40Известия ЦИК Северо-Кавказской советской социалистической республики, окружного исполкома Советов и Пятигорского Совдепа. 1918. 8 октября.
41Архив Кубанского Союза Жертв Политических Репрессий «Мемориал» Акт расследования по делу об аресте и убийстве заложников в Пятигорске в октябре 1918 г. Ростов-на-Дону, 1919,  С.17
42Вильчковский С.Н. Пребывание Государя императора в Пскове 1 и 2 марта 1917 года, по рассказу генерал-адъютанта Н.В. Рузского. Русская летопись. Кн.3. Париж.1922г. С.179.
43Российское зарубежье во Франции, 1919–2000 = L’Emigratin russe en France : биограф. словарь : в 3 т. / под общ. ред. Л.А. Мнухина, М.Б. Авриль, В.К. Лосской. – М. : Наука : Дом-музей Марины Цветаевой. – Т. 2 : Л–Р. – 2010. – С. 664
44Русский Имперский Союз – Орден: вчера, сегодня, завтра. // Имперец. 2004. №. 46. С.3.