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Compte-rendu de l’atelier "La commémoration internationale, une histoire à partager"

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Pour clore le volet pédagogique du Centenaire de la Première Guerre mondiale, la Mission du Centenaire a organisé à Bordeaux du 25 au 27 mars 2019 trois journées de bilan et de restitution des actions éducatives réalisées depuis 2012, à travers la tenue de tables-rondes, de conférences et d’ateliers à destination d’enseignants venus de toutes les académies de France.

Atelier animé par M. Didier Gonzalez, conseiller diplomatique de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale

Intervenants : 

Cécile RANCY, Académie d’Amiens, Professeur d’histoire-géographie au lycée Pierre Mendès-France, Péronne, chargée du projet « Jeunes ambassadeurs 2018 »
Sébastian JUNG, Académie de Créteil, Professeur, académie de Créteil, chargé du projet "Youth for Peace"

L’action pédagogique du cycle du Centenaire a profité de l’internationalisation des commémorations pour ouvrir la problématique du travail de mémoire dans le cadre des échanges scolaires. Plusieurs projets permettant des rencontres de jeunes et un croisement des travaux ont été menés, contribuant à une lecture internationale des commémorations.

Présentation

S’agissant de la première guerre véritablement mondiale, la France ne pouvait prétendre à une quelconque forme de monopole de sa commémoration et nombreuses ont été les initiatives parties de l’étranger suivant des modalités et des temporalités propres à des histoires nationales difficilement réductibles les unes aux autres. Comme en France même, la guerre n’y a pas seulement concerné les soldats venus pour certains du bout du monde, mais elle a affecté la plupart des familles et des sociétés de part et d’autre du globe. Cependant, le principal front traversait bien le territoire français, où beaucoup de ces soldats sont tombés. La France s’est donc souvent trouvée au carrefour de ces efforts commémoratifs, qui ont maintes fois croisé ses propres initiatives.

Cette dimension internationale avait naturellement vocation à inspirer et à informer les activités pédagogiques du Centenaire au-delà du simple contenu. Qu’il s’agisse de projets issus de la communauté académique en France ou nés des initiatives du réseau pédagogique français à l’étranger, voire d’opérations ad hoc montés par la Mission avec ses partenaires, il y avait là l’occasion de décliner la compréhension du passé et le devoir de mémoire de multiples façons en se greffant sur les commémorations et la mise à disposition de nouvelles ressources, mais surtout de se confronter à des histoires nationales et à des cultures mémorielles différentes.

Shared Histories/Jeunes ambassadeurs

Engagé en 2013 par la Mission du Centenaire en lien avec l’Ambassade de France à Wellington, le projet Shared Histories visait à promouvoir les échanges entre la France et la Nouvelle-Zélande par un travail partagé de mémoire et d’histoire de la Grande Guerre et donc la création d’un cadre de coopération permettant aux établissements scolaires français et néo-zélandais de former des partenariats en vue de travailler sur des projets pédagogiques communs.

Le projet d’échanges Jeunes ambassadeurs a prolongé ce projet initial après 2014. Sélectionnés dans l’ensemble des provinces, des élèves néo-zélandais (Young Ambassadors) ont été invités à se rendre en France et en Belgique sur de hauts lieux de combat des troupes néo-zélandaises. Chacun d’eux était chargé de rendre compte de ce voyage mémoriel devant la communauté des élèves et enseignants de leur établissement d’origine. Dans ce cadre, une délégation d’une dizaine de « jeunes ambassadeurs » néo-zélandais a été reçue en France à deux reprises à l’été 2014 et à l’été 2016.

La portée de cet échange a été élargie en choisissant de sélectionner également en France des élèves pour un voyage mémoriel en Nouvelle-Zélande. Ainsi, dix élèves de lycées d’Arras et de Péronne ont été sélectionnés à la rentrée 2017-2018, pour être accueillis en Nouvelle-Zélande à l’occasion de l’ANZAC Day et de l’inauguration du monument à l’amitié franco-néo-zélandaise de Wellington (25 avril 2018), à partir d’un travail d’histoire sur la présence des troupes néo-zélandaises en France durant la Grande Guerre. A l’occasion de leur voyage mémoriel, il leur a été demandé la réalisation d’un projet pédagogique en lien avec leurs homologues néo-zélandais.

Youth for Peace

Du 13 au 18 novembre, une rencontre a impliqué 500 jeunes à Berlin : 400 volontaires âgés 16 à 22 ans recrutés par l’Office franco-allemand pour la jeunesse en France et en Allemagne, mais également en Europe et dans les pays voisins de l’Europe, et 100 scolaires de 15 à 16 ans sélectionnés par l’Institut français d’Allemagne (IFA) dans des établissements scolaires français en France et en Allemagne. Il s’agissait de la première rencontre franco-allemande du Centenaire sous le sceau de la jeunesse dans la capitale allemande, après Verdun en 2016 et le Hartmannswillerkopf en 2017. Les participants ont travaillé en amont sur le thème : « La paix en Europe pour les 100 ans à venir » pour élaborer 100 propositions à présenter aux autorités politiques.

Les  100 scolaires ont été sélectionnés dans le cadre du concours scolaire « 100 idées pour la Paix  » de l’IFA, organisé dans les établissements scolaires enseignant l’allemand en France et le français en Allemagne (écoles des réseaux AEFE, des académies et des Länder, dont les Label France Éducation, Campus AEFE/ZFA) et dans quelques pays d’Europe centrale. Ce concours s’adressait aux élèves du secondaire (écoles générales et professionnelles) et a pris la forme de débats d’idées sous la forme de joutes oratoires au sein des établissements.

- Echanges sur les deux projets présentés

  • Conditions de mise en œuvre :

    • le choix d’une classe européenne au lycée de Péronne permettait de disposer de deux heures par semaine, alors que les participants du lycée d’Arras avaient été sélectionnés sur concours dans l’ensemble de l’établissement. La classe a accepté le projet, bien qu’un élève sur deux seulement puisse partir, mais tous ont pu participer à une excursion à Londres. Au sein de la classe, la sélection s’est faite sur la base d’une vidéo de motivation de deux minutes (un seul élève n’en a pas remis). Une fois sur place, les différences d’objectifs avec les enseignants néo-zélandais sont apparues : les élèves français avaient pour priorité de réaliser un document vidéo ;

    • le concours de sélection pour Youth for Peace a été basé sur le développement durable, d’où une proposition de service civique européen. A Berlin même, la rencontre des différents publics a multiplié les perspectives : les non-franco-allemands raisonnaient en termes de dépassement des conflits, alors que les Français et les Allemands s’interrogeaient sur la reconstruction et la réconciliation ; inversement il y avait dissymétrie de préparation entre les lycéens de l’Institut français et les jeunes de l’OFAJ ; relative insatisfaction sur le contenu des projets, hors de nature symbolique. Le travail avec les autres collègues a été classique : professeur d’allemand, documentaliste, etc.

  • Rencontre : surprise de nos élèves à la découverte des jeunes anglo-saxons en pèlerinage sur les tombes de leurs ancêtres

  • Acquis, compétences : linguistiques ; l’émotion ; un sentiment de dignité, d’estime de soi ; diffusion d’une dimension citoyenne, d’un engagement qui se manifeste même chez les primaires (cf. ‘’anciens’’ de Thiepval 2016).

  • Suites : trouver des moyens de garder le contact, de suivre la cohorte, comme cela a pu se faire après Verdun 2016 (cf. Erasmus) ;

    • Berlin : livret scolaire, associations, nouveau concours EUStory…

    • Nouvelle-Zélande : les ‘‘jeunes ambassadeurs’’ ont été invités à la Grande Veillée d’Arras. Même les élèves qui ne sont pas partis ont estimé avoir bénéficié du projet. Mais inconnue sur la possibilité d’une suite avec la disparition des subventions de la Mission du Centenaire ; la recherche de financements en vaut-elle la peine ? Mais il existe bien des ressources potentielles : fonds d’amitié franco-néo-zélandais, fonds de dotation du Centenaire France Australie…