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Des collégiens de Gy rendent hommage à Lucien Bersot, fusillé pour l'exemple

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© D.R.

100 ans après, l'histoire paraît invraisemblable. Et pourtant, Lucien Bersot a bien été fusillé pour l'exemple pour une malheureuse histoire de pantalon. Son destin, des élèves de  Raymond Gueux de Gy (Haute-Saône) la racontent sous une forme pour le moins originale, à l'aide d'un programme informatique. 

Une trace indélébile dans le patrimoine local

Janvier et février 1915. Le 60e régiment d’infanterie de Besançon est mis à mal par l’ennemi dans le secteur de Soissons. La prise de la côte 132 vers le 16 janvier est un cuisant échec, la responsabilité du commandement est engagée. Début février, le colonel Auroux arrive à la tête de la brigade et fait preuve d’autoritarisme. Né à Authoison (Haute Saône), Lucien Bersot, suite à une banale incartade liée à son refus de porter le pantalon d’un soldat mort, est emprisonné et bientôt condamné suite à la tenue d’un conseil de guerre exceptionnel. Fin de son histoire.

Il y a eu là une violation flagrante de l'article 24 du Code de justice militaire : Auroux a utilisé un article illégitime (Bersot ne pouvait être exécuté pour des faits de désobéissance en l’absence de l’ennemi) et a fait office de juge et parti lors du conseil. En 1922, un procès en réhabilitation a permis à sa veuve et à sa fille d’être enfin reconnues comme victimes de la guerre, et à son honneur d’être sauf.

Se mettre dans la peau des protagonistes, et dans leur esprit

Si l’histoire de Bersot est une tragédie, pourquoi ne pas réfléchir aux protagonistes de sa mésaventure comme des personnages de théâtre ? En compulsant ce que disent les archives de cette affaire et le quotidien des poilus et des épouses restées à l’arrière, il est possible de s’interroger sur les choix opérés par tous ceux qui ont pris part à cette escalade funeste.

C’est le projet de deux classes de 3e du collège Raymond Gueux de Gy (Haute-Saône), soit une cinquantaine d’élèves, pendant les cours de français et d’histoire-géographie. La première partie du projet vise à créer, grâce au logiciel Ren'py des visual novels, de courts jeux-vidéos où des personnages exposent leurs histoires sous plusieurs formes narratives, parfois agrémentées de choix à faire par le lecteur. Le tout avec des llustrations issues de documentations libres de droit et du travail d’un artiste professionnel, Arnaud Hascoët.

Chaque personnage explique sa version de l’histoire et livre le dilemme, le regret, ou le remord éventuel qu’il a vécus. La seconde partie vise à reprendre une partie des personnages de 1915 pour les faire intervenir dans une recréation fictive du procès de réhabilitation de 1922. Elle se fera sous une forme théâtrale où les rôles clés seront tenus par les élèves.

Des objectifs multiples, autour d’un impératif d’immersion

Le travail autour des sources vise à cibler les faits historiques qui sont susceptibles d’être réutilisés dans les histoires interactives. Les zones d’ombre absentes de ces sources sont comblées avec un peu d’imagination. Quand la narration est suffisamment avancée, les élèves passent à la partie technique.

Le logiciel libre Ren'py est utilisé afin de programmer la visual novel. Cela demande la manipulation du fichier script, requérant des lignes de commandes spécifiques et exigeant une grande rigueur dans le code. Les possibilités de Ren'py étant étendues, un travail collaboratif efficace permet aux différentes équipes (de 2 à 4 personnes) d’ajouter plus ou moins de fonctionnalités à l’histoire finale.

Enfin, la recréation du procès demande une écriture de rôles conforme aux objectifs et aux connaissances de chaque protagoniste, ainsi qu’une aisance à l’oral afin de faire passer les arguments qui décideront, dans cette simulation, de la réhabilitation effective du soldat Bersot.

Ces deux temps d’ « Autour de Bersot » ont été conçus pour étudier la construction de la mémoire d’un fait historique : de sa très chaude actualité à ses prolongements lointains qui soldent enfin ses dérives. C’est aussi un moyen pour appréhender le règlement de la guerre elle-même par le long processus de réhabilitation des « lâches » et des « traîtres », étape judiciaire cruciale pour apaiser les souffrances des civils. Ce procès n’est pas sans rappeler les enjeux de celui de Zola en 1898 en pleine Affaire Dreyfus : la dichotomie entre raison d’Etat et honneur de l’Armée face aux principes supérieurs de la justice et des droits de l’homme.

Dans la rigueur de l’hiver 1915

Actuellement (début février 2019), le projet en est à la phase de fin de programmation sur Ren'py. Outre les finitions, un travail avec l’illustrateur permettra de fixer les visages des personnages qui y révèlent leurs états d’âme. Vers la fin avril, le projet reprendra ensuite pour aborder l’étape de la simulation du procès de 1922.

Exemple d'utilisation du logiciel Ren'py