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Retour sur le voyage 2018 des "Jeunes ambassadeurs français" en Nouvelle-Zélande

Les 10 "Jeunes Ambassadeurs" français et leurs 6 homologues néo-zélandais, accompagnés de Mme Florence Jeanblanc-Risler, Ambassadeur de France à Wellington, Nouvelle Zélande.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Dans le cadre du projet d'échanges Shared Histories, la Mission du Centenaire a souhaité envoyer de jeunes représentants français pour les commémorations de l'ANZAC Day en Nouvelle Zélande, en avril 2018. Retour sur un séjour pédagogique et mémoriel riche en partage. 

Pour y participer, des élèves du lycée Guy Mollet d'Arras (académie de Lille) et du lycée Pierre Mendès France de Péronne (académie d'Amiens) ont produit une vidéo de 2 minutes en anglais présentant l’importance de se souvenir des soldats néo-zélandais ayant participé à la Première Guerre mondiale. Après délibération des jurys, cinq élèves de chaque lycée ont été désignés gagnants pour la qualité et l'originalité de leur vidéo et sont officiellement devenus de "Jeunes Ambassadeurs" français destinés à se rendre en Nouvelle-Zélande pour témoigner de la reconnaissance de la France.

De Wellington à Auckland, en passant par Christchurch et Waiouru, les dix "ambassadeurs" français ont découvert le pays dont étaient partis volontairement, il y a plus de cent ans, les ancêtres de leurs six homologues "kiwis" (surnom donné aux habitants de la Nouvelle Zélande).

A travers un parcours unique, à la fois historique, géographique, linguistique et culturel, les dix "ambassadeurs" ont pu découvrir, appréhender et parfois se confronter à la spécificité de la culture et de l’identité néo-zélandaise. Une véritable aventure humaine, axée sur la rencontre et le partage autour d’une histoire et d’une mémoire communes.

Commémorer, se souvenir

Depuis 100 ans, le devoir de mémoire est inscrit dans la tradition de toutes les nations autrefois impliquées dans le conflit mondial. Les "Jeunes Ambassadeurs" français se sont rendus compte que pour les "kiwis" cette histoire était encore fortement ancrée dans la vie présente, tant le souhait de découvrir le parcours des ancêtres était fort, même chez les jeunes générations.

En effet, les six "Jeunes Ambassadeurs" néo-zélandais ont fait des recherches sur leurs arrière-grand-parents afin de mieux comprendre leur parcours et aussi d'en apprendre davantage sur leur propre passé et donc leur identité. Ils sont donc partis sur les traces des soldats néo-zélandais morts pour la paix et dont les noms se retrouvent sur des stèles à la fois dans les cimetières des Hauts-de-France et de Wellington.

Ainsi, lors de la visite du Parlement, les élèves ont été surpris de l'ampleur du devoir de mémoire en lisant, gravés sur les murs de la salle des représentants, le nom de villages français et belges qui ont connu des pertes néozélandaises et qui leur sont familiers (Longueval, Bapaume, Péronne, Arras, Passchendaele...). En valorisant le projet de Shared Histories, Mme l'Ambassadeur a d'ailleurs rappelé aux jeunes l'importance de leur présence pour continuer à faire vivre cet esprit de liberté qui animait les soldats partis au combat et qui sont morts pour libérer leur nation et faire triompher la paix.

La cérémonie du "Point du jour" (Dawn Service) de L'ANZAC Day et la cérémonie officielle de 11h ont été le point d'orgue du séjour, en permettant aux "Jeunes Ambassadeurs" français de côtoyer des représentants des différentes nations et de ressentir la force du devoir de mémoire grâce à l'intensité des lectures de témoignages, des chants et des discours faisant la promotion de la paix. Les "ambassadeurs" ont eu l'occasion de discuter avec plusieurs personnalités politiques et militaires qui ont tous souligné l'importance du soutien des autres nations dont ils sont les dignes représentants. A plusieurs reprises, les "ambassadeurs" français ont eu l'occasion d'honorer la mémoire des soldats disparus, notamment lors de la visite du National Army Museum, où devant le mur de larmes, ils ont lu leurs "Odes of Remembrance", ou Odes du Souvenir dans les trois langues mises à l'honneur : anglais, maori et français afin de symboliser l'union des nations face à cette histoire commune.

Apprendre, découvrir

Ce séjour a été l'occasion pour nos "Jeunes Ambassadeurs" de se familiariser avec le peuple Maori, très peu connu des européens, dont ils ont pu découvrir l'histoire controversée et quelques traditions. Lors de la visite du Te Papa Museum et aussi du War Museum à Wellington, ils ont pu mieux appréhender le traité de Waitangi (dont ils ont pu voir les parchemins orignaux), signé entre maoris et Pahekas en 1840 et qui imposa la souveraineté britannique sur l’île et fonda l’identité bi-culturelle du pays.

Lors d'un atelier au War Museum, les élèves ont eu une présentation de la vie des maoris avant l'arrivée des européens. Et surtout, ils ont découvert les traditions d'accueil des tribus maoris pour qui les valeurs de partage et de confiance sont primordiales : ils sont entrés dans un "marae", lieu sacré de rencontre et de discussion avec les étrangers ou membres de la communauté et ont participé à des powhiris, cérémonies d'accueil qui permettent de mettre en confiance les invités qui doivent se présenter à la fois dans leur langue natale et en maori.

Ainsi, les "Jeunes Ambassadeurs" ont prononcé le discours de bienvenue en langue maorie, fait le "Hongi" (salutations nez-à-nez) et appris les chants traditionnels (Waiata tautoko – Tutira mai) pour les deux réceptions officielles auxquelles ils ont été invités.

Par ailleurs, les "Jeunes Ambassadeurs" ont pu parfaire leurs connaissances sur la bataille de Gallipoli (plus connue chez nous comme Bataille des Dardanelles) et découvrir une autre façon de présenter le conflit, à travers le regard d'une autre nation, permettant ainsi un enrichissement culturel et une ouverture critique au monde.

En découvrant les traditions de cette autre culture, parallèle à l'histoire de la Nouvelle Zélande, les "ambassadeurs" ont pleinement pris conscience qu'en dépit des différences culturelles, c'est l'unité qui a fait triompher la paix dans le passé.

Le séjour a également été riche en découvertes plus touristiques, grâce à l'abondance de visites qui ont offert aux "ambassadeurs" une vue d'ensemble du pays. D'abord la découverte de la capitale Wellington, ville traditionnelle, à taille humaine, bâtie sur l'océan et autour de volcans, dont le Mont Victoria où se trouvent de magnifiques jardins botaniques, en contraste avec la ville d'Auckland, port international tourné vers la diversité culturelle. Les "ambassadeurs" ont eu un aperçu de la richesse géographique de la Nouvelle Zélande, d'abord entre les paysages désertiques et volcaniques entourant le camp militaire de Waiouru et du mont Tongariro au centre de l'île du Nord. Ensuite, les forêts tropicales de la péninsule de Coromandel et les côtes escarpées de la région d'Auckland où les mesures de biosécurité sont extrêmes autour des arbres kauri qui sont en danger.

Les "ambassadeurs" rentrent donc riches d'expériences historiques et culturelles tout en ayant un aperçu global de la richesse du patrimoine architectural et environnemental néozélandais.

Partager, communiquer, échanger

Le partage... un grand mot qui a pris tout son sens pour les dix jeunes "ambassadeurs" pendant ce séjour à l'autre bout du monde. En effet, cette expérience de vie collective avec leurs enseignantes, Mme Rancy et Mme Quéant leur a permis de gagner en autonomie et les a responsabilisés dans leur mission de "Jeunes Ambassadeurs" et dans les tâches à accomplir au quotidien pour faciliter le vivre ensemble. Tous ont pris très à coeur leur rôle de représentant de la France et ont participé avec enthousiasme aux activités proposées par la Mission du Centenaire et l'Ambassade de France : apprentissage des paroles de chansons et poèmes, partage des expériences et des connaissances concernant la Première Guerre mondiale mais aussi la culture française de manière plus générale.

La première semaine, le rythme était soutenu et riche en découvertes et échanges sur les pratiques éducatives, les coutumes et une manière de vivre méconnue. Ainsi, quotidiennement, une fois que les visites prévues ou les cérémonies étaient achevées, pas de répit pour nos "ambassadeurs" : un atelier de travail était organisé afin de permettre un retour sur les expériences du jour, réfléchir sur les moments partagés et préparer les jours suivants afin que tout soit parfait et que chacun puisse pleinement vivre et comprendre ce qu'il est en train de vivre. Lors de ces ateliers, chacun a pu s'exprimer dans la langue de l'autre sur ce qui les a frappés, surpris, touchés et chacun en est ressorti grandi.

Un des points forts de ces temps d'échange était donc ce mélange des langues et des cultures, l'ancrage d'identités dans une manière unique de communiquer. Une confrontation qui les a ouverts à la conscience d'une autre réalité et par extension qui a renforcé ce sentiment d'identité, via des traditions qui se perpétuent de génération en génération. ("hongi", bienvenue, lavage de mains obligatoire entre les lieux sacrés pour les maoris, uniforme scolaire, respect et discipline scolaire).

Les élèves ont  d'ailleurs fortement apprécié le weekend en immersion linguistique et culturelle au sein de la famille de leur correspondant. Ce fut l'occasion de mettre pleinement en pratique les connaissances en langue anglaise et de partager plus intimement sur les traditions françaises. En juillet prochain, les jeunes français auront eux aussi l'opportunité d'accueillir dans leur familles les jeunes néozélandais.

Dans la continuité de cet échange, les "ambassadeurs" ont été quotidiennement filmés par une équipe de professionnels avec l'intention de créer un documentaire sur le rôle du langage et des traditions dans le fondement de l'identité. Cette présence permanente de caméras a également renforcé le caractère officiel de la mission des "Jeunes Ambassadeurs", qui se sont donné pleinement pour remplir leur rôle avec dignité, sérieux et émotion. 

De retour en France, il faut déjà penser à la suite : présentation du bilan du projet dans les académies, présentations du projet et du voyage devant les élèves des deux lycées respectifs, production d'un court-métrage retraçant les différentes étapes du projets et des objectifs pédagogiques, et préparation de la venue des "Ambassadeurs" néo-zélandais en juillet prochain qui permettra une autre mise en perspective à travers les visites des nombreux cimetières et lieux de mémoire (Longueval, Vimy, Ypres, carrière Wellington à Arras). Le point culminant du séjour en France des Néo-zélandais sera le défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées dans la tribune officielle.

> Découvrir le reportage vidéo du voyage des jeunes ambassadeurs en Nouvelle-Zélande