Espace scientifique > Pays Belligerants > La coordination des plans d’emploi des marines russe et française à la veille de la Première Guerre Mondiale

La coordination des plans d’emploi des marines russe et française à la veille de la Première Guerre Mondiale

Croiseur de la classe Friant - Бронепалубный крейсер типа «Фриан»
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Traduit du russe par Angelina Preskovskaya avec le soutien de M. André Grosswendt, professeur de français langue étrangère

(Télécharger cet article en russe)

La coopération navale entre les marines russe et française résulta de la mise en œuvre de l'accord politique et militaire "Giers-Ribot" du 15 (27) août 1891, puis de la convention militaire du 5 (17) août 18921.

La première manifestation tangible et spectaculaire prit la forme de visites officielles croisées des deux flottes de guerre.  En juillet 1891 l'escadre de l’amiral Gervais, composée du cuirassé amiral Marengo, des cuirassés Marceau, Requin, Furieux, du croiseur Surcouf, de l'aviso Lance, et des torpilleurs n° 128 et 129 accosta à Cronstadt.

Cette visite représenta, comme en rendit compte la revue de Saint-Pétersbourg, Niva "une première déclaration de l'amitié mutuelle entre les deux grandes nations, et l’écriture d’une page nouvelle de l'histoire européenne"2.

Puis, deux années plus tard, en octobre 1893, une escadre russe conduite par l'amiral Avelan, commandant en chef de l'escadre de la Méditerranée, et composée du cuirassé Empereur Nicolas Ier, des croiseurs Pamiat Azova, Amiral Nakhimov, Rynda, et de la canonnière Terets, visita quant à elle Toulon. L’amiral Avelan accompagné d’une délégation d’officiers supérieurs, fut à cette occasion reçu par le Président de la République, Sadi Carnot3. Suivirent une rencontre avec le Président du Conseil et une visite à la Chambre des députés, sans compter les rencontres avec les représentants du haut commandement français.

Cependant, et en dépit des liens établis, Saint-Pétersbourg et Paris, unis dans la lutte commune "sur terre" contre l'Allemagne, préfèrent conserver leurs indépendances respectives dans les domaines naval et colonial4, le commandement naval français estimant en la matière que l’indépendance dans l’action seraient plus efficaces en cas de guerre européenne. L’amirauté russe savait ici très bien, et ce depuis 1892, que son homologue française ne comptait que peu sur l'aide de la marine russe, principalement en raison des limitations imposées par le blocage par la glace des bases navales de la Baltique en période hivernale mais aussi en raison de l’idée qu’elle se faisait de la faiblesse relative des forces navales russes dans ces eaux5.

Cette perception française fut renforcée au cours des dernières années du XIXe siècle, lorsque Nicolas II décida de développer la Marine de guerre en l'Extrême Orient6, ce qui induisit une réduction des forces navales russes dans les eaux européennes, au moment même où l'Allemagne entreprenait d’y développer les siennes.  Cette situation résulta également du doute qui existait au sein de l’amirauté française quant au niveau de performance technique des navires de guerre russes et de compétence tactique de ses équipages7.

Il est ici intéressant de noter que les officiers de marine russe portaient, à l’inverse, un jugement de même nature sur leurs homologues français et leurs navires, ces derniers étant décrits comme "très élégants, mais pas dignes d’être considérés comme des bâtiments militaires de la marine" selon les dire d’un ancien combattant de la Guerre russo-japonaise N.V. Sablin, qui rendait compte de sa visite des navires français à Revel en 1908. Dans le même temps, les officiers russes marquaient leur admiration pour les performances techniques et tactiques des marines britannique et allemande.

En fait, au cours de ces années, le haut commandement russe, à Saint-Pétersbourg, doutait de la vision stratégique française comme le remarquèrent explicitement le Bureau général de l'état-major général et l'état-major de la Marine dans un rapport  de décembre 1907 sur La dimension politique de la situation sur le théâtre de la mer Noire établi par Dolivo-Dobrovolskiy : "On voit [...] que la France, qui a déjà dépassé le niveau maximum de sa politique impérialiste est, tout comme lе Pays-Bas et l'Espagne jadis redoutables, sur le point de s’éloigner du champ clos de la lutte mondiale"8.

La Crise de Fachoda de 1898, qui fit planer un risque de guerre entre la France et la Grande-Bretagne, rappela alors aux stratèges parisiens que la marine russe était capable de retenir les forces navales britanniques en Extrême Orient, dans l'océan Indien et probablement en Méditerranée9. Mais aucun plan de coordination entre les deux marines alliées n'existait. C’est pourquoi il fut décidé, d’un commun accord, de poser, entre 1901et1902, et ce pour la première fois, la question de la conclusion d’un accord maritime franco-russe10.

Au tournant du siècle, les forces navales russe et française étaient les deuxième et troisième plus puissantes au monde, ce qui veut dire qu’elles pouvaient rivaliser avec leur homologue britannique. Les responsables de l'amirauté britannique et la plupart des amiraux influents, dont l’amiral Fisher qui commandait la marine en Méditerranée, s’interrogeaient légitimement de leur capacité, voire leur incapacité, à s’opposer à une mainmise des Russes sur les détroits du Bosphore et des Dardanelles, s'ils venaient à agir de concert avec les Français11.

Durant quelques années encore, la Russie vit en la Grande-Bretagne un ennemi potentiel12, mais la composante « antibritannique » de l'alliance franco-russe s’affaiblit progressivement au rythme de l’approfondissement des relations diplomatiques entre Paris et Londres. Ce qui explique que "du point de vue de la planification navale commune […], l'alliance est restée constamment platonique13". C’est aussi pourquoi l’idée même de l’élaboration d’un plan d’action commun entre les marines russe et française, ne serait-ce que concernant l'Extrême Orient, peina à se concrétiser après les pourparlers de Paris en juillet de 190214.

La seule action commune aux deux marines fut, à la suite d’une initiative de la diplomatie française, la visite du Golfe Persique par les croiseurs Askold et Friant en novembre-décembre 1902. En ce qui concerne la Russie, l’objectif de cette mission, défini par l'état-major général de la Marine était de montrer « le pavillon russe dans ces eaux » afin de montrer par là même à tous que ces eaux étaient accessibles aux deux marines impliquées en dépit de la volonté britannique de faire du Golfe Persique une mer réservée, presque une mer fermée15. Pourtant, les bâtiments des deux Nations agirent à cette occasion indépendamment les uns des autres. Une des raisons en était l’absence de coordination technique préalable entre les deux marines dans des domaines comme l’utilisation des signaux en mer mais aussi plus complexe comme ceux des procédures de combat en cas d’engagement et en l’absence de commandement unifié.  

La création d’un État-major général de la Marine russe donna, un peu plus tard, un nouvel élan à la coopération franco-russe.  Le décret de l'état-major de la Marine approuvé par l'Empereur Nicolas II le 5 (18) juillet 1906, mit l’accent sur l’établissement de "relations avec le Ministère des affaires étrangères, le Conseil d'État sur la Défense concernant les questions politiques et militaires, [et] la guerre maritime16". Ce qui fit dire à l’ambassadeur russe à Paris Alexandre Izvolski, que la « dette » contractée par la Marine russe lors de la signature de la convention militaire de 1892, « en raison du manque de ressources financières de l'état-major général de la Marine » était payée17.

L'état-major général de la Marine assurait dorénavant, en plus de ses missions traditionnelles, la gestion de l'activité de 9 attachés navals en direction de 17 pays différents18. Dans certains cas, les attachés navals exerçaient non seulement leurs responsabilités directes (collecte d’informations sur la marine du pays hôte, résolution de questions techniques et financières, liées aux achats des armes et aux techniques militaires, etc.19) mais aussi celles de sujets spécifiques de niveau politique.

Ainsi, en février 1911 l’attaché naval en France, en Espagne et au Portugal, le capitaine de 2ème rang Poguliayev (photo ci-contre), fut à l’origine, en liaison avec l’ambassadeur Izvolski, d’un projet visant à développer la coopération entre les deux marines, projet qui fut transmis, à fins d’examen, à la fois à l'état-major général de la Marine à Saint-Pétersbourg20 et à Stephen Pichon, ministre français des Affaires étrangères21. Un an plus tard, le nouvel attaché naval, le capitaine de premier rang Kartsov poursuivit le même objectif au cours de discussions informelles avec le commandement de la Marine en Méditerranée, l’amiral Boué de Lapeyrère22. Ce dernier fut alors convaincu de la nécessité d’établir une vraie " coopération entre les forces navales russe et française"23.

Par la suite, soutenu par l’ambassadeur et approuvé à la fois par l'amiral Grigorovitch, ministre de la Marine et Sazonov, ministre des affaires étrangères Kravtsov établit une " relation étroite" avec Théophile Delcassé, ministre de la marine24, afin d’organiser la venue en France du chef d'état-major général, l’amiral, prince Livien25.  Cet événement d’une importance majeure permit une " discussion de niveau stratégique avec l'état-major général de la Marine française visant à déterminer les conditions nécessaires à une coopération permanente".

Après la signature de la convention navale franco-russe le 3 (16) juillet 1912 l'état-major général de la Marine russe commença26 à échanger des informations avec l'état-major général de la Marine française. À l’issue des négociations, l’amiral Livien et l’amiral Aubert, conscients de la nécessité d’une bonne coordination des deux marines décidèrent de la tenue de rencontres annuelles des chefs d’état-major, de l'échange systématique des données et même de la mise en concordance des plans stratégiques. Il était ici primordial de discuter, dès les premières réunions, de "la distribution des rôles".

En effet, les Français ne pouvaient, par exemple, pas promettre leur soutien à la Marine russe en Baltique, dans la mesure où leurs accords avec les Britanniques réservaient l’engagement en mer du Nord à la Royal Navy. En revanche, l’amiral Aubert promit d'apporter son aide dans les eaux méditerranéennes, la France s’engageant à interdire l’accès à la mer Noire aux forces navales italiennes et austro-hongroises : « en cas de tentative de passage de la marine ennemie à travers les Dardanelles, [la Marine française] devait s’engager et le lui interdire27».

La direction de l'état-major général de la Marine russe fut satisfaite des échanges de vue avec les Français. Et, curieusement, l'attention de l’amiral Livien fut attirée par la prévenance des Français ainsi que par leur volonté de prendre certains engagements, sans exiger de contreparties de la Russie.

L’attitude française était pourtant souvent présentée comme le résultat d’un calcul politique visant à fortifier l'alliance militaire avec la Russie, par tous les moyens possibles. Ce qui expliquerait le rôle central joué par Maurice Paléologue, successivement directeur politique au ministère des affaires étrangères28, puis plus tard ambassadeur de France en Russie, dans l'élaboration du projet de la convention. On peut également noter que l’amiral Livien accorda une importance particulière à la volonté française d’agir contre les marines austro-hongroise et italienne afin de soutenir l’action et la domination de la marine russe en mer Noire. Il n’empêche. Que ce soit lors de la signature de la convention, ou au cours de la rencontre de mai 1913 entre l’amiral Livien et le nouveau chef de l'état-major général de la Marine française, l’amiral Le Bris, il fut impossible de parvenir à des décisions concrètes concernant la région des détroits, ce qui aurait pourtant été très important du point de vue de la planification stratégique russe dans "le théâtre des opérations du Sud"29.

Ce ne fut qu’en juin 1914, lors de la visite du nouveau chef de l'état-major général de la Marine russe, l’amiral Rousine (photo ci-dessous, aux côtés d'Armand Gauthier, ministre de la Marine), que cette question connut une avancée. En effet, le nouveau chef de l'état-major général de la Marine française, l’amiral Pivet déclara alors que la France était en mesure de redéployer ses forces navales de Toulon à Bizerte, afin de réduire d’un quart son temps de déploiement stratégique dans la région des Dardanelles. Dans le même esprit, les Français n’étaient pas opposés à l’idée de mettre à la disposition des Russes leur base de Bizerte afin qu’elle accueille la brigade des croiseurs russes de la mer Baltique et participe à stopper, si nécessaire, les ambitions de "la division Méditerranée" allemande en direction des Dardanelles30.

Il ne faut néanmoins pas surévaluer la portée réelle de la signature de la convention navale. Elle permettait certes, d’envisager la possibilité d’une action navale conjointe, mais négligeait d’en formaliser les termes et les procédures pratiques.

Le président du Conseil des ministres Kokovtsov éprouva même le besoin de faire remarquer les insuffisances d’un texte initial qui autorisait des interprétations divergentes. Il souhaita en conséquence que les échanges soient plus rigoureux et permettent des évolutions positives31. Ce qui ne se produisit pas32. Au contraire. Ainsi, lors de la venue en France de l’amiral Rousine33 les questions stratégiques furent à peine abordées34, les deux partenaires préférant s'intéresser aux questions d’organisation générale, de tactique et de technique navales35. Ce qui signifie en définitive que ces relations entre alliés n’eurent que peu d’influence sur les visions stratégiques russe tout comme française. Le pessimisme voire les réticences des milieux militaires quant aux possibilités de mise sur pied d’une véritable coordination des forces de plusieurs nations dans un giron unique jouèrent ici un grand rôle.

Il en fut ainsi pendant toute la guerre en Méditerranée. Dans cet espace maritime, l’action coordonnée des marines française et britannique puis italienne fut, pour de multiples raisons, au mieux, peu efficace : « Les caractéristiques tactiques des navires et de leur armement, les méthodes de tirs d'artillerie et les manœuvres, les moyens de communication, les codes, les signaux, et plus généralement, les ressources matérielles et la formation de combat différaient grandement. Ces différences ont notoirement empêché d'utiliser efficacement les forces navales alliées, et ce même sans parler de la difficulté à organiser un commandement unifié et de l'impossibilité presque totale à assurer la « fusion nécessaire » entre les marins eux-mêmes36 ».

Ainsi, avant la guerre les relations établies entre Russes et Français sur les questions navales n’atteignirent-elles pas un niveau susceptible d'influencer effectivement la planification stratégique de l'état-major général de la Marine, pas plus d’ailleurs que la direction des constructions navales. Il faut pourtant rappeler que, dans le même temps, l'accord naval entre la France et la Grande-Bretagne permit à cette dernière de réduire sa présence militaire en Méditerranée et de la concentrer en Manche et en mer du Nord, face à la Marine allemande37. Néanmoins, les efforts consentis jusqu’à la veille de la guerre posèrent les fondations d’une véritable coopération navale entre alliés qui  porta, en dépit de tout, ses premiers fruits aussi bien au niveau politique que militaire autorisant une ébauche de coordination des efforts des États de l’alliance au cours des années de guerre.

Notes :

1. Зайончковский А. Подготовка России к мировой войне в международном отношении / под ред. М.П. Павловича. М.: Изд. военной типографии Управления делами Наркомвоенмор и РВС СССР, 1926.С. 63–78; Манфред А.З. Оформление русско-французского союза // Новая и новейшая история. 1975. № 6. С. 114–132.
2. Прибытие французской броненосной эскадры в Кронштадт / публ. Р.В. Кондратенко // Гангут. Вып. 103 (2018). С. 89.
3. Сергеев В.В. Военно-морское присутствие России в Средиземном море во второй половине XIX – начале ХХ вв. // Роль флота во внешней политике России в Средиземноморском регионе. История и современность: материалы региональной научно-исторической конференции 22 апреля 2009 года. Калининград, 2009. С. 34–37; Мельников Р.М. «Император Николай I» – звездные 1890-е // Гангут. Вып. 28 (2001). С. 3, 4; Рукавишников Е.Н. Визит кораблей Балтийского флота в Тулон (октябрь 1893 г.) // Очерки из истории Балтийского флота. Книга четвертая. Калининград: Янтарный сказ, 2001. С. 57–65.
4. Зайончковский А.М. Подготовка России к империалистической войне. Очерки военной подготовки и первоначальных планов. По архивным документам. М.: Государственное военное издательство, 1926. С. 169–174.
5. Папастратигакис Н. Большая военно-морская стратегия России в начале русско-японской войны / пер. с англ. // Русско-японская война 1904–1905. Взгляд через столетие. Международный исторический сборник под редакцией О.Р. Айрапетова. М.: Три квадрата, 2004. С. 114.
6. En 1898, le nouveau secrétaire d'état du département maritime impérial A. von Tirpitz a obtenu du Reichstag le vote d’une loi selon laquelle en 1903 la flotte allemande devrait compter 19 cuirassés, huit cuirassés de défense côtière, 12 cuirassés moyens et 30 petits croiseurs. (Жерве Б. Германия и ее морская сила // Морской сборник. 1914. № 9. С. 146–148.)
7. Roksund A. The Jeune École. The Strategy of the Weak. Leiden; Boston: Brill, 2007.P. 93–96, 147–149.
8. Сергеев Е.Ю. «Иная земля, иное небо…» Запад и военная элита России (1900–1914 гг.). М.: ИВИ РАН, 2001.. С. 149.
9. Roksund A. Op. cit. P. 172.
10. Гостенков П.А. Франко-русский союз и несостоявшаяся морская война с Англией // Хронотоп войны: пространство и время в культурных репрезенциях социального конфликта: материалы Третьих международных чтений «Мир и война: культурные контексты социальной агрессии» и Научной конференции «Мир и война: море и суша» (Санкт-Петербург; Кронштадт, 21–24 октября 2007 г.). М.; СПб., 2007. С. 172–175.
11. Папастратигакис Н. Британская стратегия: русский флот и Черноморские проливы / пер. с англ. Н. Эльдмана // Русский сборник. Исследования по истории России. Том IX (2010). С. 194–219.
12. En ce sens, il est significatif que l'un des objectifs des manœuvres bilatérales de la flotte de la mer noire en août 1903 ait été le développement des actions dans les Détroits contre l'escadre de la Méditerranée britannique (Айрапетов О.Р. На Восточном направлении. Судьба Босфорской экспедиции в правление императора Николая II // Последняя война Российской империи. Сборник статей. М.: Три квадрата, 2002. С. 163.)
13. Папастратигакис Н. Большая военно-морская стратегия России в начале русско-японской войны. С. 113.
14. L'accord russo-français différait du traité anglo-japonais de 1902, qui définissait des paramètres plus ou moins spécifiques de coopération dans le domaine naval, y compris en temps de paix. (Гладких С.А. Влияние  внешней политики на боевые действия русского и японского флотов в 1904–1905 годах // Гангут. Вып. 97 (2017). С. 134.)
15. Крестьянинов В.Я., Молодцов С.В. Крейсер «Аскольд». СПб.: Велень, 1993. С. 56.
16. Указатель правительственных распоряжений по Морскому Ведомству. № 27 Август 1906 г. // Собрание узаконений, постановлений и других распоряжений по Морскому Ведомству за 1906 год. СПб.: Типография Морского Министерства, в Главном Адмиралтействе, 1907. С. 810–813.
17. Письмо Российского Посла в Париже А.П. Извольского тов-щу Министра Иностранных Дел А.А. Нератову. Париж, 5/18 Июля 1912 г. // Материалы по истории франко-русских отношений за 1910–1914 г.г. Сборник секретных дипломатических документов бывш. императорского российского министерства иностранных дел. М.: Издание Народного комиссариата по иностранным делам, 1922. С. 231.
18. Емелин А. Военно-морские агенты России // Морской сборник. 2007. № 2. С. 66.
19. Емелин А.Ю. История института русских военно-морских агентов (атташе) за границей. 1856–1918 гг.: дис. … канд. ист. наук. СПб., 2007. С. 368–386; Завьялов И.В. Российские морские агенты оподводном кораблестроении за рубежом в канун Первой мировой войны // Гангут. Вып. 58 (2010). С. 61–80.
20. Показательно, что при возвращении в Россию капитан 2 ранга С.С. Погуляев был удостоен французскими властями редкими знаками благодарности: помимо ордена Почетного Легиона президент К.А. Фальер преподнес С.С. Погуляеву личный презент (ансамбль севрского фарфора) и направил в Санкт-Петербург официальную ноту с просьбой возвратить офицера в Париж после отбытия им корабельного ценза (С.С. Погуляев был назначен старшим офицером крейсера «Адмирал Макаров»). См. подробнее: Я. В. Контр-адмирал С.С. Погуляев // Морской журнал (Прага). 1938. № 125 (5). С. 2–4.
21. Игнатьев А.В.Внешняя политика России. 1907–1914: Тенденции. Люди. События. М.: Наука, 2000. С. 138.
22. Деренковский Г.М. Франко-русская морская конвенция 1912 г. и англо-русские морские переговоры накануне первой мировой войны // Исторические записки. Вып. 29 (1949). С. 88–90.
23. Письмо Российского Посла в Париже А.П. Извольскоготов-щу Министра Иностранных Дел А.А. Нератову. Париж, 5/18 Июля 1912 г. // Материалы по истории франко-русских отношений… С. 230.
24. Архив внешней политики Российской империи (АВПРИ). Ф. 138. Оп. 467. Д. 374. Л. 341–343.
25. Деренковский Г.М. Франко-русская морская конвенция 1912 г. и англо-русские морские переговоры накануне первой мировой войны // Исторические записки. Вып. 29 (1949). С. 95.
26. Русско-французская морская конвенция, 3(16) июля 1912 г. // Мировые войны ХХ века. В 4 кн. Кн. 2: Первая мировая война. Документы и материалы. М.: Наука, 2002. С. 28.
27. Павлов А.Ю.Скованные одной целью. Стратегическое взаимодействие России и ее союзников в годы Первой мировой войны 1914–1917 гг. СПб.: Изд-во С.-Петерб. ун-та, 2008. С. 8.
28. Письмо Российского Посла в Париже А.П. Извольского Товарищу Мин-ра Ин. Дел А.А. Нератову. Париж, 5 (18) июля 1912 г. // Материалы по истории франко-русских отношений… С. 229–231.
29. Емелин А.Ю. Деятельность русских военно-морских агентов во Франции… С. 56, 57.
30. Апрелев Б. Линейный крейсер «Гебен» // Исторические очерки. Книга вторая. Шанхай: Книгоиздательство А.П. Малык и В.П. Камкина, [1935.] С. 178; Айрапетов О.Р. На Восточном направлении… С. 176, 177.
31. АВПРИ. Ф. 138. Оп. 467. Д. 374. Л. 356; Копия с собственноручной заметки г. Председателя Совета Министров, С.-Петербург, 28 Июля 1912 года // Материалы по истории франко-русских отношений… С. 232.
32. Достаточно сказать, что в феврале и апреле 1914 г. российский Морской Генеральный Штаб, не удовлетворенный объемом и качеством получаемой от французов информации, грозил приостановить выдачу своих сведений.(См. подробнее: Емелин А.Ю. Деятельность русских военно-морских агентов во Франции… С. 58, 59.)
33. В состав делегации входили капитан 1 ранга В.К. Пилкин, капитаны 2 ранга М.И. Смирнов, А.А. Нищенков, В.Е. Егорьев и лейтенант Б.П. Апрелев.
34. Емелин А.Ю. Деятельность русских военно-морских агентов во Франции... С. 60.
35. Апрелев Б. «Гебен» в войну 1914–18 г. (Воспоминания о роли германского линейного крейсера «Гебен» в минувшую войну 1914–1918 гг.)// Зарубежный морской сборник (Пильзень). 1930. № 9 (январь–апрель). С. 39.
36. Жерве Б., Петров А., Шведе Е. Средиземное море. Политико-стратегический очерк. М.: Военный вестник, 1927. С. 21.
37. Лихарев Д.В. Эра адмирала Фишера. Политическая биография реформатора британского флота. Владивосток: Изд-во Дальневосточного университета, 1993; Романова Е.В. Путь к войне: развитие англо-германского конфликта, 1898–1914 гг. М.: МАКСПресс, 2008; Fisher J.A. Memories and Records. New York: George H. Doran Company, 1920; Gooch J. The Plans of the War. The General Staff and British Military Strategy (1900–1916). London: Routledge & Kegan Paul, 1974; Grimes Sh. T. Strategy and War Planning in the British Navy, 1887–1918. Woodbridge: The Boydell Press, 2012; Kennedy P. Strategy and Diplomacy 1870–1945. London: Fontana Press, 1984; Marder A.J. From Dreadnought to Scapa Flow. The Royal Navy in the Fisher Era. 1904–1919. 5 vols. London: Oxford University Press,1961–1970; Massie R. Dreadnought: Britain, Germany and the Coming of the Great War. New York: Random House, 1991; Williams Rh. Defending the Empire: The Conservative Party and the British Defence Policy. 1899–1915. New Haven: Yale University Press, 1991; Shiflett Ch.R. The Royal Navy and the Question of Imperial Defense East of Suez, 1902–1914 // Warship International. 1995. No. 4. P. 353–366.