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750 photos inédites de la Grande Guerre données aux Archives de Saint-Brieuc

"Cheval revenant du front (10-20 novembre 1914)"
© Archives municipales de Saint-Brieuc, fonds Bogrand.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

En novembre 2017, les Archives municipales de Saint-Brieuc ont hérité d'un lot de photos inédites des années 14-18, prises par un certain Louis-François Bogrand (1888-1971), soldat breton du 13e régiment de hussards. Un projet collaboratif sera prochainement lancé pour documenter ce trésor photographique inédit.

En novembre 2017, plus de 750 photos inédites de la Première Guerre mondiale ont été données à la mairie de Saint-Brieuc par Mme Catherine Bogrand, avec d’autres éléments concernant sa famille de commerçants qui a marqué Saint-Brieuc de son empreinte. Les clichés, qui s’échelonnent du 20 août 1914 au 25 juin 1918 ont tous été pris par le même photographe, Louis-François Bogrand (1888-1971), soldat breton qui effectua son service au 24e régiments de dragons, mais fut versé comme réserviste au 13e régiment de hussards en avril 1914. A l'éclatement de la guerre, il fut incorporé au sein du 8e escadron.  

D’autres informations sur ce Poilu sont parvenues aux Archives municipales par l’intermédiaire de son fils Louis-Georges : Louis-François Bogrand fut notamment victime de gaz asphyxiants, dans la Somme. Il fut hospitalisé pendant trois semaines à l'arrière et décoré de la médaille des grands blessés. Il fut officier d'ordonnance du général Debeney à qui il servit d'interprète. Il reçut par ailleurs la Military Cross, la Croix de Guerre et plus tard la Légion d'Honneur.

Des instants de vie dans une guerre de la mort

L’intérêt du fonds réside dans son volume - Louis-François Bogrand prend en moyenne une photo tous les un à deux jours -, son unité et dans le fait que les photos sont (succinctement) documentées par le photographe : il livre, pour chaque cliché, une date approximative, souvent le lieu, et le sujet.

Ces documents inédits ont été numérisés avec l’aide financière de l’association Bretagne 14-18, et feront prochainement l’objet d’un projet participatif similaire à celui de Photos Normandie sur Flickr, ainsi que d’une exposition aux Journées du Patrimoine de 2018.

Louis-François n’était pas un reporter de guerre ; il n'a pas photographié pour rendre compte à ses contemporains de la réalité de ce qu’il a vécu. Sa démarche fut plutôt celle d'un voyageur qui collecte des souvenirs. La preuve en est que, lorsqu’il revient à l’arrière pour permission, le rythme de ses clichés s’accélère : bains de mer, sorties au jardin dans sa maison de Saint-Brieuc, promenades dans le Morbihan, etc., auraient tout aussi bien pu être pris avant que la tourmente ne se déchaîne. De même, le front, devant l’objectif de l’officier Bogrand ne révèle pas toutes ses horreurs : on saute des obstacles à cheval, on photographie les personnes rencontrées ainsi que les monuments des environs.

Malgré tout, le quotidien de la guerre s’invite : convoi de prisonniers, essais d’armes, sépultures, quelques dépouilles de soldats allemands et puis ces chevaux dont l’état pitoyable nous laisse imaginer celui des hommes qui les accompagnaient. Plus d'instants de vie que d’instants de mort, donc, dans cette vision partielle mais dense de la guerre.

> Voir quelques extraits du fonds