Trésors d'archives > Archives > La cathédrale d'Amiens pendant la Grande Guerre

La cathédrale d'Amiens pendant la Grande Guerre

Sans être à proprement parler une ville du Front, Amiens occupe par sa position géographique, une place stratégique pendant les quatre années du premier conflit mondial. Brièvement occupée en août et septembre 1914, la ville subit d’importants dommages, particulièrement au printemps 1918 où sa population doit être évacuée, devant la menace de l’avancée allemande.

Au cœur de la cité picarde, la cathédrale, malgré une brève interruption du culte au printemps 1918, continue de remplir sa mission religieuse de siège épiscopal, accueillant les fidèles de toute la région et de bien plus loin, venus chercher auprès d’elle en ces temps de guerre, protection et secours moral.

Bien au-delà de la seule population amiénoise et picarde, la cathédrale d’Amiens devient très vite un symbole de paix et de réconfort pour les troupes alliées venues de tous les pays de l’empire britannique, participer dès 1916 à ce qui fut l’une des plus grandes batailles du xxe siècle. Les cartes postales envoyées par les soldats à leurs familles vont porter la renommée de Notre-Dame d’Amiens jusqu’aux antipodes.

Issues des collections des Archives diocésaines, des Archives départementales de la Somme et de la collection de Maurice Duvanel, les photographies reproduites dans ce diaporama nous replongent au sein des évènements que connurent l’auguste basilique et le diocèse d’Amiens durant la Grande Guerre et dans les années qui suivirent.

(Texte : Louise Dessaivre-Audelin)

scan0825.jpg

Printemps 1914 : Amiens vit encore dans l’ambiance de la Belle-Epoque. Peuplée de 93 000 habitants, la cité industrieuse présente dans son centre un habitat hérité du Moyen Age et de l’époque moderne ; seuls les faubourgs offrent un urbanisme contemporain où dominent les maisons de brique. La ville, dominée de très haut par sa cathédrale, n’a pour l’heure connu aucune destruction massive de son patrimoine.

Le 28 avril 1914, la Société des Amis des cathédrales se réunit à Amiens et organise un grand concert à la cathédrale, suivi d’une conférence du R.P. Sertillanges consacrée au culte de la Vierge. Plusieurs centaines de personnes assistent à la visite conduite par Georges Durand, le grand historien de la cathédrale. L’après-midi Mgr Dizien préside le concert et donne le salut du Saint-Sacrement. Les œuvres de Bach, Bournonville, Schulz, Rameau, Franck et Palestrina résonnent pacifiquement sous les voûtes de l’auguste basilique.

(Texte : Aurélien André)

L’incendie de la cathédrale de Reims avait suscité une forte inquiétude pour la préservation de Notre-Dame d’Amiens. Le 16 avril 1915, deux bombes tombèrent rue de l’Amiral-Courbet et rue du Bloc, à 150 mètres de la cathédrale. La première mesure de protection contre les incursions des avions et des dirigeables allemands consista à relier par téléphone le logement du gardien, Eugène Regnaut, avec le poste central des sapeurs-pompiers.           

En novembre 1915, le capitaine Bellette des sapeurs-pompiers d’Amiens, fit hisser dans les combles trois pompes à incendie : sous la flèche, dans une tour et dans le comble de la nef ; cette dernière s’y trouve toujours. Plusieurs bacs étaient emplis d’eau grâce à une auto-pompe placée impasse Joron. Douze territoriaux, installés dans le Bureau de Bienfaisance voisin, étaient prêts à intervenir à tout moment.

Pour protéger la flèche, on érigea à sa base, en août 1916, quatre murs coupe-feu en briques de machefer percés de lourdes portes de fer, la séparant du reste des combles.

(Texte : Aurélien André)

La protection du grand portail

Les bombardements font craindre d’irréparables dégâts sur la riche statuaire gothique du portail, tant par éclats de projectiles que par incendie des portes. Le sous-secrétariat d’Etat des Beaux-Arts entreprend donc de réaliser, en accord avec la municipalité d’Amiens, toutes les mesures de protection nécessaires.

Le 24 juin 1915, on commence la protection du portail de la façade occidentale et du portail de la Vierge dorée. Les charpentiers installent d’immenses poutres de bois en plans inclinés destinées à supporter l’énorme carapace constituée de milliers de sacs de terre. Ceux des parties basses sont goudronnés pour leur éviter de prendre l’humidité. Les statues colonnes et les soubassements sont ainsi protégées sur toute la profondeur des ébrasements. Seuls apparaissent encore les voussures et les tympans. Au bout d’un mois, les travaux sont achevés ; une petite poterne, ménagée au portail Saint-Firmin, permet d’entrer dans la cathédrale. Ce bouclier ne sera retiré qu’en 1919.

(Texte : Aurélien André)

Petite cité prospère à une vingtaine de kilomètres au nord d’Amiens, Albert accueille depuis longtemps un important pèlerinage. On y honore Notre-Dame de Brebières, vierge miraculeuse qui, dit-on, apparut au XIe siècle à un berger. Soucieux de faire de son pèlerinage le « Lourdes du Nord », son recteur s’emploie à faire édifier de 1884 à 1887, une imposante basilique au style composite.

Au cœur des combats dès septembre 1914, Albert est bombardée pendant un an. Epargnée temporairement, la basilique est délibérément visée en décembre. Le 15 janvier 1915, le dôme est touché et la statue de la vierge en bronze doré qui le surmontait penche dangereusement. L’intérieur du monument est dévasté. Si l’image de la « Vierge penchée » fait le tour du monde, c’est bien la statue de la Vierge miraculeuse qu’il faut sauver pour continuer à la vénérer et appeler sa protection sur la France.

Elle trouve alors refuge à la cathédrale d’Amiens, dans la chapelle axiale où elle attire une affluence record lors des cérémonies de la Nativité, en septembre 1915 et septembre 1916.

Après un bref retour à Albert en 1917, la Vierge miraculeuse doit de nouveau trouver refuge à la cathédrale en mars 1918, lors de l’avancée allemande. Evacuée en Normandie comme les objets du trésor, elle y revient le 8 septembre 1918, convoyée par un détachement australien qui lui rend les honneurs militaires, lors d’une cérémonie présidée par l’évêque. De retour à Albert en 1919, elle ne retrouve son écrin reconstruit à l’identique qu’en 1931.

(Texte : Louise Dessaivre-Audelin)

La protection des stalles

Les travaux de protection des incomparables stalles d’Amiens débutent au mois de juin 1916, quelques jours avant le commencement de la Bataille de la Somme. On établit d’abord une puissante charpente de fer d’un poids de 42 tonnes composée de seize fermes reliées entre elles par des pannes, solidement encastrée dans le sol. Neuf mille sacs remplis d’argile, ligaturés par des fils de fer, sont ensuite disposés sur quatre-vingts rangées de hauteur. Une ample draperie est finalement disposée sur le dispositif de protection. Les offices au maître-autel doivent être interrompus pendant les travaux et ne reprennent que le 15 août 1916. Par chance aucun projectile ne viendra s’écraser sur les stalles ; une torpille traversera la voûte du collatéral sud au printemps 1918 à quelques mètres seulement du chœur mais n’explosera pas. Une croix marque toujours sur le dallage actuel l’endroit précis où la torpille s’est fichée.

La lourde carapace ne sera retirée qu’en 1919 lorsque les fenêtres du grand vaisseau auront retrouvé leurs vitraux. A défaut d’avoir protégé les stalles des obus et des bombes, les sacs d’argile les auront protégées de l’eau et des pigeons.

(Texte : Aurélien André)

La protection des stalles

La protection des stalles

  • scan0825.jpg
  • dsc_0013.jpg
  • img222.jpg
  • img015.jpg
  • img778.jpg
  • img780.jpg
  • img781.jpg
  • img781.jpg
informations
Diaporama (série d'images thématique)